Lorsque j’ai pris la décision de commémorer dans mon village le 5 juillet 1962, je me suis dit qu’il valait mieux prévenir le Maire de la commune. Je ne savais pas quelle serait son opinion, mais j’étais sure que je le ferai quand même.
J’ai été très surprise quand, après m’avoir entendue, il m’a dit "Oui" tout de suite.
Et puis il m’a avoué n’avoir jamais été informé de ce qui s’était passé le 5 juillet à Oran. Alors, je lui ai montré "l’historique" que le Comité de liaison nous avait fait passer. Il a appelé ses conseillers pour que nous mettions au point la cérémonie pendant que , calmement, il lisait ce qui était écrit.
Tenant toujours dans ses mains, la feuille qu’il venait de lire, il est resté quelques instants silencieux. C’est lui qui s’est proposé pour lire ce texte au Monument aux Morts et qui a déposé la gerbe offerte par la Municipalité.
Je voulais le remercier pour l’avoir fait car je sais que ce n’était pas un geste politique de sa part et remercier les élus qui nous ont fait l’honneur d’assister à cette cérémonie.
Remercier également tous les anciens combattants qui nous ont accompagnés . Certains ont voulu savoir les raisons de ces massacres. L’un d’eux était présent à Tlemcen avec son régiment ce jour-là et pourtant ils n’ont rien su de ce qui s’était passé à Oran.
Beaucoup d’ Oranais et non-Oranais m’ont entourée, mais ceux dont je suis le plus fière, ce sont Marc et Damien. Deux jeunes pieds-noirs nés en France,il y a tout juste 30 ans, mais aussi fiers d’être Oranais que s’ils y étaient nés eux-même !
Si tous étaient comme eux, alors nous saurions que notre combat d’aujourd’hui n’est pas vain. C’est cette génération qui prendra demain la relève .
L’an prochain nous serons là encore et peut-être plus nombreux.